Les pigments : minéraux, artificiels, végétaux , animaux

 

Si divers textes de recettes de couleurs mentionnent tel ou tel pigment, il n’est pas moins intéressant de dresser une sorte de liste exhaustive des matières colorantes utiles aux peintres médiévaux et notamment aux enlumineurs. Selon les régions, les pays, les ateliers n’emploient pas les mêmes produits ; il est donc passionnant de découvrir aujourd’hui quelles ont été les couleurs jadis utilisées.

C’est ainsi que nous pouvons le faire avec le livre de Bernard Guineau, Glossaire des matériaux de la couleur et des termes techniques employés dans les recettes de couleurs anciennes.

Bon nombre de pigments y sont décrits, ce qui nous permet de commencer notre tour d’horizon avec le bleu.

 

Les pigments bleus minéraux

 

Les deux pigments minéraux du Moyen Age sont le lapis-lazuli et l’azurite. L’un est cher et importé d’Orient, l’autre est plus courant extrait en Occident.

 

Le bleu de Lapis-Lazuli

 

Pigment bleu naturel composé de lazurite, un minéral extrait d’une roche semi précieuse. Roche dont les rares gisements connus sont notamment en Afghanistan. Elle arrivait à Venise par la mer

Après extraction et purification, on obtient  une poudre de couleur bleu vif et saturé, très stable.

Cette teinte est aussi couramment connue au Moyen Age comme un bleu outremer, ultramarin plus exactement. A savoir qu’il venait de l’autre côté de la méditerranée. On trouve aussi le nom d’azur transmarin. Il s’opposait ainsi dans l’appellation à l’azur citramarin, le bleu d’en deçà des mers, de ce côté de la mer Méditerranée.

 

Cennino Cennini la qualifie de couleur noble, belle, vraiment parfaite plus que toutes les autres. Le plus fin est plus utile aux miniaturistes et pour faire des vêtements avec des rehauts.

Cette pierre dure et compacte servait aussi l’art des orfèvres.

 

L’azurite

 

Minéral bleu composé du carbonate basique de cuivre.

On l’appelle aussi bleu d’Allemagne pour sa provenance sur des gisements argentifères. Les textes le décrivent comme l’azur citramarin opposé au lapis-lazuli.

Au XVème siècle, s’emploie en sous-couche du lapis-lazuli.

En Italie, vu l’estime dont elle jouissait, on stipulait parfois son emploi dans une clause spéciale du contrat du peintre.

 

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Les pigments bleus artificiels

 

Le bleu d’argent

 

Pigment bleu à bleu vert, composé d’acétate neutre de cuivre et résultant de l’emploi d’impuretés de cuivre présentes dans le minerai d’argent.

Acétate neutre hydraté de cuivre : Verdet

 

 

Le bleu Egyptien (enluminure byzantine)

 

Le bleu artificiel le plus ancien.

Silicate double de cuivre et de calcium.

 

 

Le bleu de Smalt

 

Silicate double de cobalt et de potassium

 

 

Cendres bleues (XVème siècle)

 

Couleur bleue à bleu vert.

Fabriqué en Angleterre selon un procédé tenu secret.

Couleur composée de carbonate basique de cuivre.

 

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Les pigments bleus végétaux

 

 

Les anthocyanes

 

Différentes recettes anciennes mentionnent l’emploi de couleurs bleues d’origine végétale :

Bleu de pensée,

Bleu de myrtille,

Bleuet,

Vaccinium,

Centaurée bleue,

Campanule,

Delphinium, …

 

La plupart de ces extraits tinctoriaux de pétales de fleurs ou de baies sont à base de colorants d’anthocyanes.

Ils sont absorbés sous forme de laques sur un substrat minéral.

 

Le bleu d’airelle est une laque organique bleue obtenue de l’extrait tinctorial des baies ou des feuilles de l’airelle ponctuée Vaccinium vitis-idoea L.

Les feuilles donnent en présence de sulfate de fer un précipité bleu stable.

 

Le jus de bleuets, extrait tinctorial de centaurée Centaurea cyanus L. donnant une laque bleue pour l’enluminure.

 

Le bleu de Sureau : laque bleue de l’extrait tinctorial des baies du sureau noir Sambucus nigra L. Employé en enluminure sous forme de laque violette, colorant fixé sur un blanc de magnésie. Extrait composé de colorant anthocyanes : menesch de Théophile.

 

Bleu de campanule, extrait tinctorial de pétales de campanule Campanula Glomerata L.

 

Bleu de myrtille, Vaccinuium myrtillus L.

 

 

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